Le hasard dans les sciences sociales et naturelles

Journée d'étude

La notion de hasard est parfois utilisée en science pour désigner la cause d’un événement ou d’un phénomène pour lequel on n’est pas parvenu à identifier d’autre(s) cause(s) ou pour expliquer un événement ou un phénomène en apparence dépourvu de cause. Cette journée aura donc pour objectif d’interroger le rôle explicatif et causal éventuel du hasard dans les différentes disciplines scientifiques, et permettra de repenser les classifications habituelles des différentes sciences à la lumière de ce rôle.
Hasard
© Craiyon

Dans les sciences naturelles, la notion de hasard explique l’origine et décrit le comportement de certains phénomènes dits aléatoires et il s’accompagne de l’usage de lois de probabilité. Mais qu’en est-il dans les sciences sociales et notamment au sein de celles qui n’ont pas recours à l’outil mathématique de la probabilité, comme l’histoire ? Existe-t-il dans ces disciplines des événements « dus au hasard » ? À première vue, on pourrait penser que certains événements historiques considérés comme imprévisibles et ayant changé le cours de l’histoire (par exemple le franchissement du Rubicon par César) sont « dus au hasard ». Cependant, l’historien, dont le métier consiste notamment à identifier rétrospectivement les causes d’un tel événement, ne postulera pas qu’il est dû au hasard. Il préférera éventuellement le qualifier de « contingent ». Dans quelle mesure peut-on alors rapprocher ce type d’événements des phénomènes « aléatoires » des sciences naturelles ? Qu’en est-il dans les autres sciences sociales (à l’instar de l’économie, l’anthropologie, la démographie, etc.) et notamment dans celles qui ont recours à la probabilité (pensons cette fois plus spécifiquement à l’économie et à la démographie) ?

Si la notion de hasard et l’usage de la probabilité semblent communs en sciences naturelles, ils n’en sont pas moins hétérogènes (le hasard quantique se distingue par exemple sensiblement du hasard des mutations génétiques). De même, si certaines sciences sociales excluent a priori le hasard, d’autres ont a minima recours à la notion d’aléatoire, ne serait-ce qu’à travers l’usage de la probabilité avec laquelle elle entretient un rapport étroit. Par conséquent, à première vue, en matière de recours à la notion de hasard et à l’usage de la probabilité, le découpage entre sciences naturelles et sociales ne semble pas en mesure de rendre compte des points communs et différences épistémiques. De même, le découpage proposé par Tucker (2004) entre sciences historiques et théoriques ne permet pas non plus d’y parvenir. En effet, la notion de hasard joue un rôle tout aussi crucial dans une science historique comme la biologie évolutionniste, (par exemple à travers la variation dans la théorie de l’évolution de Darwin ou les mutations dans la synthèse moderne) que dans une science théorique comme la physique (que ce soit en physique statistique ou quantique). Il semblerait donc que ni la distinction entre sciences sociales et naturelles ni celle entre sciences historiques et théoriques ne permette de rendre compte des points communs et différences épistémiques relatives à la place du hasard en science.

Programme

9h – 9h30 : Accueil des participants et participantes et mot d’accueil

9h30 – 10h15 : Dinh-Vinh Colomban (Université Paris Nanterre, IRePh, France)
« La « théorie du hasard » porte-t-elle sur le hasard ? Éventualité, hasard et aléatoire : l’ambivalence de l’objet du calcul des probabilités au XVIIIème siècle »

10h15 – 11h : Yemima Ben-Menahem (Hebrew University of Jerusalem, Israël) : « Lawlessness in Deterministic Settings »

11h- 11h15 : Pause café

11h15 – 12h : Ludovic Joxe (CEPED, France) : « Les événements faibles »

12h-12h45 : Marco Casali (UCLouvain, Université Paris 1, IHPST, France) : « Explorer les possibilités biologiques à travers la stochasticité moléculaire »

12h45 – 14h30 : Pause déjeuner

14h30 – 15h15 : Jean-Marc Levy-Leblond (Université Côte d'Azur, France) : « Qu’est-ce que le hasard quantique ? »

15h15 – 16h : Emanuel Bertrand (ESPCI Paris-PSL, SPHERE, France) : « Le thermodynamicien et la philosophe répondent au biologiste. Une controverse scientifique et philosophique à propos du hasard et de l’origine de la vie »

16h – 16h15 : Pause café

16h15 – 17h : Francesca Merlin (CNRS – Université Paris 1, IHPST, France) : « Quand le hasard rencontre les phénomènes biologiques : réflexions sur les sources de contingence historique »

17h – 17h45 : Katie Elliott (UCLA, Etats-Unis) : No Such Thing as a Chance Function?

17h45 – 18h : Conclusion de la journée

Mis à jour le 26/3/2024