[Médiation scientifique] « Si j’arrive à faire comprendre que les sciences sont pour tout le monde, ma mission est remplie »

Rencontres avec celles et ceux qui rendent la science vivante : portrait de Manon Leconte, agrégée préparatrice au département de chimie de l’ENS-PSL

Créé le
27 janvier 2026

Agrégée préparatrice au département de chimie de l’ENS-PSL, Manon Leconte a plusieurs cordes à son arc. Elle forme les étudiantes et étudiants au concours de l’agrégation, encadre les premières années et s’investit avec la même intensité dans la médiation scientifique. Que cela soit pour organiser la Fête de la Science, ou enrichir le site pédagogique qu’elle a créé pendant le confinement, son objectif reste le même : rendre la chimie accessible et vivante, et faire tomber les barrières qui éloignent encore certains publics des sciences.

Portrait de Manon Leconte
Manon Leconte

« L'enseignement est une vocation, je ne me verrais pas faire un autre métier », nous répond sans hésiter Manon Leconte, agrégée préparatrice au département de chimie de l’ENS-PSL, lorsqu’on l’interroge sur sa profession. Sa mission principale ? Former les étudiantes et étudiants au concours de l'agrégation. Au quotidien, l’enseignante alterne entre les cours, les travaux pratiques (TP), les corrections de copies, la préparation aux épreuves orales et la gestion pédagogique de la formation. « Ma jeunesse me permet de bien connaître les nouvelles modalités du concours et de leur apporter des conseils personnalisés », explique celle qui a elle-même passé l’agrégation de chimie en 2020.

Un poste multifacettes

Manon Leconte intervient également au prédoctorat, c'est-à-dire auprès des étudiants de 1re année de l'ENS-PSL. Elle y encadre les travaux dirigés de chimie orbitalaire et la préparation du Tournoi français des chimistes, une grande rencontre regroupant une dizaine d'établissements d'enseignement supérieur au cours de laquelle les étudiants proposent des solutions concrètes à des sujets de chimie. « Comme cuisiner un gâteau qui s'envole lorsqu'il est servi ou synthétiser l'épice de la planète Arrakis de Dune », explique-t-elle avec enthousiasme.

« Chaque étudiant est unique et chaque année, il faut adapter les cours pour que les promotions s’investissent et restent attentives. Je ne m’ennuie donc jamais. »

Attirée depuis toujours par l’enseignement, Manon Leconte intègre, après deux années de classes préparatoires, l'ENS de Lyon pour préparer le concours de l'agrégation. « J’ai longtemps hésité à me diriger vers la recherche », confie-t-elle. « J’ai effectué des stages, mais au fur et à mesure, j'ai pris conscience que je ne m’épanouirai pas dans ce domaine. » Plus que la part scientifique de l’enseignement, Manon Leconte lui préfère l'enjeu social : avancer au rythme de l’étudiant, se mettre à sa place, susciter sa curiosité… « On a parfois tendance à penser que ce métier est répétitif, car on fait toujours apprendre la même chose d’une année sur l’autre », estime-t-elle. « Mais chaque étudiant est unique et chaque année, il faut adapter les cours pour que les promotions s’investissent et restent attentives. Je ne m’ennuie donc jamais. » Sa formation scientifique lui reste bénéfique : « elle m'apporte plus de recul pour répondre à certaines questions, et surtout apporter des exemples un peu plus actuels pour illustrer les notions de cours. »

Outre l’enseignement, le poste de Manon Leconte possède une autre facette, tout aussi importante : la médiation scientifique. Chaque année, elle coordonne l'organisation de la Fête de la Science au département de chimie. Création et animation d'ateliers, accueil des scolaires, mise en avant du programme Femmes et filles de science… Des missions qui exigent goût pour l’échange et le partage des connaissances… ce qui sied parfaitement à l’enseignante, qui pousse sa passion pour la transmission jusqu’en dehors de ses heures de travail.

Les sciences au-delà des bancs de l’école


Alors qu’elle préparait son agrégation de chimie à l’ENS de Lyon, elle a créé son propre site web. « À cause de l’épidémie de Covid, j’étais confinée et je n’avais pas d’autre occupation que de travailler », se rappelle-t-elle. « Assez rapidement, voyant tout le travail fourni, je me suis dit qu’il serait dommage de le garder pour moi. » Grâce à la bibliothèque de l’ENS, l’étudiante a recueilli des données chiffrées précieuses, non accessibles à des étudiants ou enseignants d’autres établissements. Manon Leconte décide donc de mettre ces ressources en ligne. « Et quand je suis devenue enseignante, j’ai continué à le faire, car c’était devenu un réflexe. » 
Si le site est beaucoup utilisé par les étudiantes et étudiants en préparation de l’agrégation – sa vocation première – l’audience s’est petit à petit diversifiée, à la surprise de Manon Leconte : étudiants de licence en France, mais aussi à l’étranger, et collègues enseignants rejoignent les visiteurs réguliers, avec des retours toujours très positifs. « Parfois, on me signale des coquilles ou on me demande des précisions », indique-t-elle. « C’est toujours très utile, car je peux rarement faire relire les documents avant de les mettre en ligne et surtout, cela montre que le site suscite un vrai intérêt. »
Pour Manon Leconte, la médiation scientifique à un rôle « essentiel » : « il faut montrer que les sciences ne sont pas des matières fermées, limitées à une élite et faites d’entre-soi », appuie-t-elle. L’enseignante regrette d’ailleurs qu’il n’y ait pas plus de contenus scientifiques dans les médias, avec par exemple des chaînes de télévision ou des radios spécialisées, « comme c’est déjà le cas pour la culture ». 

« Pour donner envie de faire de la recherche, il faut la pratiquer. »

« Beaucoup pensent que les sciences ne sont pas faites pour eux, et créent une hiérarchie entre les matières : les maths seraient la discipline reine et intimidante, soit on les aime, soit on les déteste », considère-t-elle. « Il y a encore un gros travail à mener pour démocratiser les sciences. » 
Lorsque Manon Leconte conçoit un atelier pour la Fête de la Science, c’est toute une méthodologie qui se met en place avec, pour premier public, les jeunes enfants : «  j'essaye de m'adresser d'abord à eux pour susciter leur curiosité avant qu'ils puissent être trop imprégnés des stéréotypes sur les sciences. » Il est ensuite « aisé » d’adapter cet atelier pour des préadolescents ou des adultes. L’enseignante espère avoir une influence positive : « si j'arrive à faire comprendre que tout le monde peut travailler dans les sciences ou qu’à défaut, que les sciences c'est chouette, ma mission est remplie. »
De manière générale, Manon Leconte estime qu’il est possible de susciter un intérêt pour la recherche dès le lycée, lorsque sont mis en place des projets scientifiques immersifs et de longue durée. « Pour donner envie de faire de la recherche, il faut la pratiquer. » Selon elle, l'idéal serait ensuite d'inviter un chercheur qui viendrait présenter ses travaux, « mais j'ai bien conscience que cela n'est pas toujours possible par manque de contact ou par éloignement géographique.  »

Des collègues sources d’inspiration


Impressionnée depuis toujours par les grands noms de la science, ce sont surtout les collègues de Manon Leconte qui la guident dans son quotidien : « j’admire beaucoup d’entre eux pour leur énergie et la passion qu’ils ont pour leur métier ». Prenant leur exemple, l’enseignante « essaye de [s’]investir à 100% » dans les responsabilités qui lui sont confiées et d'accueillir les nouveaux arrivants – étudiants ou collègues  - « avec la même bienveillance reçue lorsqu’[elle est] arrivée à l’ENS - PSL », il y a quelques années. 

Des collègues « experts » qu’elle aime solliciter pour continuer à innover dans l’enseignement et la médiation scientifiques. « Travailler à l’ENS m’offre beaucoup de moyens, de liberté et de temps », estime Manon Leconte. « Je suis très soutenue par la direction du département de chimie pour développer ces activités de médiation », précise-t-elle. « Et je sais que si je rencontre un problème, en discutant avec mes collègues, je trouverai toujours une solution. »

Au fil des ans, le site Internet de Manon Leconte s’est considérablement étoffé. L’enseignante aimerait pouvoir continuer à en faire profiter au plus grand nombre, « sous un autre format que le web, qui ne peut correspondre à tous ». Elle s’est donc attelée à la rédaction d’un livre regroupant protocoles, astuces et présentations pédagogiques des manipulations. Elle espère ainsi proposer une nouvelle ressource pour les enseignants, et ce dès le primaire, pour transporter cette fois-ci les sciences jusqu’à la maison.