Une mobilité étudiante croisée, un dispositif du Programme Suds de l’ENS-PSL
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Les témoignages de Gaspard Genuys et de Mamoudou Guissé
Le Programme Suds de l’ENS- PSL, programme pluridisciplinaire initié en juin 2022, se donne pour objectif de renforcer les liens entre l’École et ses partenaires dans les Suds, en matière de formation comme de recherche.
L’un des nouveaux leviers de cette politique est la mise en place d’une bourse étudiante croisée. Pour sa première année d’existence, cette bourse de mobilité a été pensée en partenariat avec l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) au Sénégal.
Gaspard Genuys et Mamoudou Guissé sont les deux premiers étudiants lauréats de la bourse de mobilité du programme Suds. Retrouvez ici leurs témoignages.
Gaspard Genuys, étudiant en Master 1 à l'ENS-PSL, est accueilli à l'UCAD (l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar) en mai-juin 2026, pour un séjour de recherche portant sur le théâtre sénégalais sous l'égide du Pr. El Hadji Abdoulaye Sall.
« Né en 2004, j’ai grandi à Paris, dans le 20è arrondissement, dans une famille de musiciens où la littérature est très présente. Je me suis moi-même mis à la musique dès mon enfance, tout en commençant à lire des romans et des bandes dessinées, puis à me passionner, un peu plus tard, pour l’histoire. J’ai aussi commencé assez tôt à développer un profond désir de voyage qui continue à m’animer aujourd’hui, et qui me rend particulièrement heureux de commencer ce premier séjour long hors de Paris, dans ce cadre enthousiasmant d’un échange universitaire au Sénégal.
Concernant mes études et ma scolarité, j’ai choisi, dès le lycée, de me spécialiser dans les humanités et sciences sociales, parcours que j’ai choisi de continuer, pour ne pas avoir à choisir entre ces différentes disciplines, par une hypokhâgne au lycée Lamartine, dans laquelle j’ai suivi une option théâtre qui m’a permis de participer à un projet de création collective, et de rencontrer de nombreux camarades profondément animés par leur passion pour le spectacle vivant. Durant ces années, j’ai peu à peu pris conscience de l’importance que revêtaient pour moi la littérature et des arts, et commencé à considérer ces œuvres non plus seulement comme des plaisirs de l’esprit, mais aussi comme des explorations inépuisables du réel et de l’être, en mesure de bouleverser nos façons d’appréhender le monde et d’exister. Après avoir choisi de suivre une première khâgne en spécialité histoire au lycée Hélène Boucher, je me suis ainsi laissé rattraper par ma passion pour le théâtre, et ai choisi de refaire une année de khâgne, cette fois au lycée Jean Jaurès, en spécialité théâtre. Cette spécialisation m’a permis de suivre des cours passionnants, à la fois théoriques et pratiques, allant de ce que le théâtre a de plus organique : le corps d’un apprenti acteur en train de jouer, à des rencontres intellectuelles marquantes avec des penseurs tels que Nietzsche et Artaud. Ces cours du théâtre, et les riches rencontres humaines qui en ont découlé, m’ont grandement épanoui, au cours d’une année où le rythme contraignant que demande les prépas commençait à me peser, et alors que mon envie de départ de Paris, pour explorer d’autres horizons, se faisait de plus en plus insistante.
J’ai choisi à la fin de cette année de candidater au concours normalien étudiant de l’École Normale Supérieure de Paris au Département Arts, en proposant un projet de mémoire, dont les problématiques ont depuis largement évolué, sur un corpus de plusieurs dramaturges d’Afrique Francophone, tels que Kossi Efoui, Caya Makhélé ou encore Bernard Zadi Zaourou. Ma découverte de ces auteurs importants, mais malheureusement encore méconnus en France, y compris dans le monde du théâtre, est assez récente, mais découle de mon intérêt plus ancien vers la littérature africaine et caribéenne, à travers des auteurs comme Aimé Césaire, Patrick Chamoiseau, Gauz, Chimamanda Ngozie Adichie ou encore Cheikh Hamidou Kane. C’est en étant porté par ces lectures, mais aussi par une volonté de découvrir ce qui se fait en dehors de l’Europe et de l’Amérique du Nord en termes de création théâtrale contemporaine, que j’ai commencé à ébaucher mon projet de recherche.
Peu après ma rentrée en première année à l’ENS, j’ai pris connaissance de l’offre du programme Suds pour l’année 2026, proposant une bourse pour une mobilité croisée entre l’institution parisienne et l’Université Cheikh Anta Diop, à Dakar. Bien qu’aucun auteur sénégalais ne soit pour l’instant présent dans mon corpus, j’ai choisi de candidater, en pensant que ma rencontre avec des cours et des institutions de recherche abordant le champ de la création théâtrale et littéraire ouest-africaine serait pertinente d’un point de vue académique, mais aussi parce que j’avais depuis longtemps envie de découvrir Dakar, une métropole particulièrement dynamique d’un point de vue culturel et artistique, et le Sénégal. J’ai aussi été séduit par l’opportunité de découvrir du point de vue d’un étudiant (certes largement privilégié), et non d’un touriste ou d’un « expatrié », une nouvelle réalité culturelle et sociale, à de nombreux égards bien différente que ce que j’ai eu l’occasion de vivre durant mes années à Paris.
Quels que soient mes choix d’études et de vie à la suite de cette mobilité de deux mois (j’hésite encore entre la recherche, la création théâtrale et le monde du cinéma, entre autres), je suis ainsi convaincu qu’elle m’apportera non seulement des éclaircissements artistiques et intellectuels nécessaires au développement de mes recherches, mais aussi des rencontres inoubliables, des découvertes enthousiasmantes et, peut-être, des bousculements et remises en question précieuses dans ma perception du monde. »
Gaspard Genuys
Mamoudou Guissé, étudiant en Master 1 au Département de lettres modernes de l'UCAD (l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar) effectuera un séjour de recherche à l'ENS en septembre 2026. Il sera accueilli à l'ITEM pour travailler sur l'approche génétique de corpus littéraires africains.
« J’ai vu le jour le 15 novembre 1998 à Danthiady, dans la région de Matam, au nord-est du Sénégal. Comme la quasi-totalité des enfants de ma localité, j’ai très tôt fréquenté l’école coranique. J’ai eu la chance de vivre une enfance heureuse et studieuse, entouré de parents et de grands-parents bienveillants, qui m’ont guidé sur le chemin de la droiture, du culte de l’effort et du respect de nos valeurs ancestrales. Pas de bibliothèque à la maison, mon accès à la culture générale se limitait essentiellement à la télévision : documentaires, journaux, émissions et films. Cependant, très tôt à l’école, j’ai aimé la lecture : lire et parfois essayer d’interpréter des contes et réciter des poèmes. Aujourd’hui encore, la lecture occupe une place prépondérante dans ma vie. Il ne se passe pas un jour sans que j’ouvre un livre ou lise un poème. J’ai obtenu mon baccalauréat en 2021, c’était un véritable exploit compte tenu de là d’où je venais. Par la suite, j’ai été orienté au département de Lettres modernes à l’Université Cheikh Anta Diop, où j’ai obtenu une licence en 2025, avec une spécialisation en études africaines et francophones.
En tant qu’étudiant en lettres, je ne me considère ni sectaire ni limité à un genre littéraire ou à une époque. Mes livres de chevet sont des œuvres critiques centrées sur l’histoire de l’Afrique, telles que Les épopées d’Afrique noire de Lilyan Kesteloot et Bassirou Dieng, ou encore Histoire de la littérature négro-africaine de Lilyan Kesteloot. Mon autre livre de chevet est Amkoullel, l’enfant peul d’Amadou Hampâté Bâ. Par ailleurs, j’éprouve un profond attachement pour la musique classique, notamment celle de Baaba Maal, ainsi que celle d’artistes transnationaux comme Kery James et Youssoupha. Je n’ai ni auteur ni musicien préféré : je m’intéresse à tout ce qui m’apporte une forme d’ataraxie. Actuellement en Master 2, je m’oriente vers un nouveau champ de recherche. J’aspire à devenir, pour ainsi dire, un « généticien » de la littérature, pour reprendre la célèbre formule de Victor Hugo à propos de Chateaubriand : « je veux être Chateaubriand ou rien ». Cette ambition guide mon parcours tout en gardant à l’esprit cette citation de S. Kierkegaard : « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais le difficile qui est le chemin. »
Mamoudou Guissé