Exposition : Clémence Ramnoux et les débuts de la philosophie

Exposition à la bibliothèque Ulm-LSH

Les bibliothèques de l’ENS-PSL et Rossella Saetta Cottone, directrice de recherches au CNRS (Centre Léon Robin, Sorbonne Université) organisent une exposition consacrée à la philosophe Clémence Ramnoux (1905-1997) à l’occasion de l’acquisition de ses archives et de la publication de leur inventaire. 

Cette exposition se concentre sur le parcours intellectuel hors du commun de Clémence Ramnoux et s’articule autour des étapes principales de sa vie et de sa carrière.

 Clémence Ramnoux © Collection particulière
Clémence Ramnoux © Collection particulière

Un parcours intellectuel hors du commun

Première femme à avoir été admise à l’ENS de la rue d’Ulm (1927) puis à l’Institut for Advanced Study de Princeton (1955-56), Clémence Ramnoux a contribué de façon significative au renouvellement des études sur la pensée archaïque en France, à une époque où ce domaine de recherche était fortement limité par la perspective historique qui réduisait les premiers penseurs à une entrée dans la matière des grands textes de la philosophie. L’œuvre entière de cette penseuse remarquable a été consacrée à une question majeure de la philosophie : celle de l’émergence de la pensée rationnelle, de ses conditions de possibilité, de ses relations complexes avec la pensée religieuse et traditionnelle. À ce titre, le nom de Clémence Ramnoux peut être associé à celui de Jean-Pierre Vernant, qui dans le même tournant développait et approfondissait le débat ouvert en Angleterre par les travaux de F. M. Cornford, notamment par son ouvrage From Religon to Philosophy (Cambridge 1913).

Une méthode de recherche pluridisciplinaire

Élève de Georges Dumézil et de Jean Wahl, proche de Gaston Bachelard et de Henri Jeanmaire ainsi que de remarquables hellénistes comme André-Jean Festugière, Clémence Ramnoux put développer une méthode de recherche adaptée à un objet aussi complexe, en alliant l’histoire des religions, la philosophie et la philologie. Par ailleurs, sa réélaboration de la méthode de travail de Georges Dumézil, qu’elle sut appliquer à l’étude exclusive du domaine grec, fut déterminée par son intérêt prononcé pour la psychanalyse, notamment pour l’anthropologie religieuse élaborée par Sigmund Freud à partir de Totem et Tabou jusqu’à L’Homme Moïse.

Une position philosophique originale

L’une des thèses principales de Clémence Ramnoux est que la mythologie est le cadre qui a permis l’apparition et le développement de la philosophie. L’originalité de sa position, ce qui la distingue des autres recherches dans le même domaine, c’est qu’elle fonde sa démonstration sur l’étude sémantique des textes. Comme elle a pu le montrer, certaines structures fondamentales de la pensée chez Héraclite, Parménide et Empédocle, notamment les couples des contraires, dérivent à travers une série de changements sémantiques identifiables des couples antithétiques de Puissances qui structurent les théogonies et les cosmogonies archaïques.

Commissariat d'exposition « Je me suis cherché[e] moi-même (Héraclite). Clémence Ramnoux et les débuts de la philosophie » : Cécile Gobbo, directrice adjointe des bibliothèques de l’ENS-PSL, Sandrine Iraci, responsable du service des collections patrimoniales de la bibliothèque des Lettres, et Rossella Saetta-Cottone, directrice de recherches (CNRS-Centre Léon Robin).

Mis à jour le 3/9/2026