« Les temporalités du deuil aujourd’hui »

Trois conférences exceptionnelles avec Judith Butler, philosophe

Créé le
13 février 2024
Judith Butler, philosophe originaire des États-Unis et figure majeure de la pensée contemporaine internationale, viendra à l’ENS-PSL pour donner une série de trois conférences exceptionnelles, de février à mars 2024, dans le cadre des activités de l’UAR 3608 République des savoirs.
Judith Butler interviendra autour de la thématique du deuil et de la « pleurabilité » des vies, au centre de son dernier essai, tout juste paru en France, Dans quel monde vivons-nous ? Phénoménologie de la pandémie (éd. Flammarion).
Ces conférences s’inscrivent en lien avec l’invitation intellectuelle à Judith Butler au Centre Pompidou pour la saison 2023-2024.
Judith Butler

Dans ces trois interventions, Judith Butler cherche à montrer que de nouveaux cadres temporels sont nécessaires pour penser le deuil et la pleurabilité des vies dans nos conditions historiques, marquées notamment par les effets destructeurs du changement climatique. On présuppose en général que le deuil fait suite à la perte d’êtres humains ou bien d’objets, une perte qui a déjà eu lieu. Mais comment décrire cette situation dans laquelle nous voyons des espèces et des formes de vie disparaître en même temps que nous anticipons d'autres disparitions à venir ? Pour Judith Butler, il est nécessaire de rompre avec l’anthropocentrisme et de mettre en avant l’interdépendance entre les vivants. Son objectif est de clarifier et prolonger ses analyses sur la « pleurabilité » des vies afin d’englober non seulement les êtres vivants et les processus vitaux qui ont déjà été perdus, mais aussi ceux qui sont encore en vie. En élargissant la pleurabilité au-delà des limites de l’humain, Butler entend dégager une nouvelle orientation conceptuelle qui permette de résister non seulement au changement climatique, mais aussi aux disparitions accélérées qui caractérisent les guerres contemporaines.

En prenant pour point de départ les analyses de Freud consacrées au deuil et à la mélancolie, Butler s’attache également à revisiter des textes de Derrida sur le travail du deuil, les considérations de Merleau-Ponty sur la temporalité et la passivité, ou encore le rapport critique de Barthes à la phénoménologie, pour montrer comment ces auteurs nous donnent des outils pour réorienter notre réflexion sur la temporalité, le deuil et la pleurabilité des vies.

Dans des conditions où la perte n’est jamais terminée et reste toujours à venir, comment le passé, le futur et le futur antérieur doivent-ils être redécrits ? Face aux destructions en cours, notre responsabilité selon Butler est non seulement porter le deuil des vies perdues, mais aussi élargir le domaine des vies qui sont susceptibles être pleurées. En outre, il est nécessaire d’imaginer et de résister à ces destructions en cours afin d’éviter une catastrophe encore plus démesurée. De nombreuses temporalités convergent dans ces situations où se conjuguent la perte et l’indignation. C’est pourquoi nous devons repenser les conceptions séquentielles de la temporalité impliquées dans les récits traditionnels du deuil et de la perte, afin de mieux saisir le caractère multitemporel des destructions actuelles, et surtout de mieux y résister.