18 juin 2024, deux commémorations à l’ENS-PSL

Hommage aux neuf normaliennes mortes pour la France et hommage à Jean Prévost (1901-1944)

À l'occasion des commémorations autour du 18 juin 1940, l'ENS organise deux événements majeurs : l'inauguration du Gymnase de l'École qui portera désormais le nom de Jean Prévost et la pose de la plaque commémorative en mémoire des sévriennes sur le Campus Jourdan.
Jean Prévost © Amis de Jean Prévost
Jean Prévost © Amis de Jean Prévost

18 juin 2024, deux commémorations à l’ENS-PSL

- Hommage aux neuf normaliennes mortes pour la France. Dévoilement sur le site de Jourdan de la plaque commémorative.

- Hommage à Jean Prévost (1901-1944), normalien, homme de lettres, journaliste, sportif accompli, héros de la Résistance mort pour la France dans le maquis du Vercors. Colloque et nomination du gymnase de l’ENS en son honneur.

Au sein de l’École normale supérieure, un siècle après Plaisirs des sports, au moment où les Jeux olympiques reviennent à Paris, il paraît d’une claire évidence, d’une logique toute sportive, et d’un hommage naturel, que le Gymnase de l'ENS-PSL porte désormais le nom de Jean Prévost.

Le 18 juin 2024, le gymnase du 45 rue d'Ulm sera baptisé Gymnase Jean-Prévost, à la mémoire de celui qui fut normalien, écrivain, docteur ès-lettres (avec une thèse soutenue en 1942, La création chez Stendhal : essai sur le métier d'écrire et la psychologie de l'écrivain, sportif, penseur du sport (auteur en 1925 de Plaisirs des sports : essais sur le corps humain, et qui, résistant, fut abattu avec quatre compagnons le 1er août 1944 par des soldats allemands.

PROGRAMME

12h30-14h00 / 12h30, Hall d’entrée, 48 boulevard Jourdan, Paris
•    Allocution d’introduction de Frédéric Worms, directeur de l’ENS
•    Discours de Valérie Theis, directrice adjointe lettres de l’ENS-PSL
•    Intervention de Martin Andler, président de l’A-Ulm
Dévoilement du nouvel emplacement de la plaque commémorative rendant hommage aux 9 sévriennes mortes pour la France

15h00-18h00 / Salle historique de la Bibliothèque de l’ENS, 45 rue d’Ulm, Paris.

15h05
Introduction par Frédéric Worms
Courtes allocutions de :
-    Lysiane Le Bihan Buannec (responsable 80ème anniversaire de la libération) (3mn)
-    Vincent Roger (délégué ministériel à la Grande cause nationale) (3mn)
15h25
- Discussion entre Emmanuel Bluteau et Jérôme Garcin : le destin, l’œuvre, l’héritage de Prévost
- Mireille Brangé : Prévost et Alain
- Pierre Laszlo : Dix-huitième année
- Emmanuel Bluteau (président de l’association des Amis de Jean Prévost) : Jean Prévost journaliste

16h30
- Lectures de textes de Prévost  : textes sur le sport, le courage, Mémoires à deux voix, écrits sur Stendhal ou Baudelaire, questionnaire de Proust, chanson « La Rose blanche du grand Veymont » par famille et Amis de Jean Prévost
-    Laure-Hélène Prévost et Jeanne Servent (sous réserve)
-    Emmanuel Bluteau / Pascale Belsoeur

16h55
- Antoine de Baecque : Prévost, le plaisir des sports
- Hélène Baty-Delalande : Prévost, romancier
- Gilles Vergnon : Prévost, héros du Vercors

En clôture
Moment de lectures de Plaisirs des sports (1925) et de Maîtrise de son corps (1938), par Jules Plassard et Martin Dupuy, avec un accompagnement dansé par Eva Simon.

18h-19h / Rez-de-chaussée de l’escalier B, 45 rue d’Ulm, Paris
. Dévoilement de la nouvelle plaque « gymnase Jean Prevost »
. Discours Frédéric Worms et famille Jean Prevost : Laure-Hélène Prévost et Jeanne Servent (petite-fille et arrière-petite-fille de Jean Prévost)

18H30-19h00 / visite libre du gymnase + visite libre des expositions
« Livre du mois :  Plaisirs des sports » à l'entrée de la Bibliothèque des Lettres
« Le marathon et Michel Bréal » dans la salle historique

À propos de Jean Prévost

Normalien, écrivain, essayiste, brillant journaliste, capitaine Goderville du maquis du Vercors, ceux qui aiment Jean Prévost ont toujours été séduits et impressionnés par ses états de service littéraires et citoyens. Mais le connaît-on assez ?

Son œuvre de chroniqueur est immense, du début des années 1920 à la fin des années 1930. Il est sans doute l’un des auteurs qui, dans de multiples revues, comprend et restitue le mieux son époque. A la NRF, à Europe ou aux Nouvelles littéraires, il est un prince de la République des Lettres. L’écrivain s’impose également comme romancier et Les Frères Bouquinquant manque le Goncourt de peu en 1930. Le Sel sur la plaie ou La Chasse du matin restent également des œuvres marquantes. Il prend part, tout autant, aux débats politiques de son temps, avec une lucidité remarquable. Ses prises de position en font un homme libre : pacifiste mais antimunichois, antifasciste mais pas antiallemand, républicain et non communiste ; pour ses convictions, il se rapprocherait assez d’un Jean Zay, le jeune ministre du Front populaire.

Son engagement dans les combats du maquis du Vercors fut héroïque. Le 13 juin 1944, à la tête d’une section de combattants, sous son nom de Résistance, le capitaine Goderville repousse avec ses hommes une colonne allemande qui monte vers le Vercors. « Je ne pouvais espérer meilleure récompense pour mon anniversaire », écrit-il en ce jour de ses 43 ans. Quarante-sept jours plus tard, il tombe les armes à la main, fauché par un tir de mitrailleuse, au Pont Charvet, au dessus de Sassenage, alors qu’il descend du Vercors, le plateau ayant été in-vesti par les troupes allemandes aéroportées.

Après avoir redécouvert Jean Prévost, il est temps que l’École normale supérieure lui rende l’hommage qui est dû à son talent, à la singulière puissance essayiste de ses textes, à ses engagements et à son courage. Pour ce faire, il suffit de remonter aux sources d’une vie, des apprentissages et des premières passions. On y croise les études et les savoirs de la rue d’Ulm et un intérêt extraordinaire, doublé d’une capacité étonnante à le faire partager, pour les sports.

Né en 1901, boursier et fils d’enseignants, pur produit de la méritocratie républicaine, Prévost entre en khâgne au lycée Henri-IV, où son professeur de philosophie, Alain, le marque à jamais, puis intègre l’Ecole normale supérieure en 1919. Rue d’Ulm, Prévost fréquente autant les salles d’études que les salles de sports. En ce sens, il rejoint une tradition, certes récente, fondée par ses contemporains, quelques normaliens fous de sports, cette passion de la Belle Epoque, dont ils rêvent de marier les effets avec le travail intellectuel.
Il y a Georges Rozet, « le premier à pénétrer rue d’Ulm en bicyclette », dit-il comme un fait de gloire, qui écrira bientôt un essai stimulant intitulé Les Fêtes du muscles. Louis Hémon et sa double carrière scolaire, de Louis-le-Grand à la Sorbonne, et sportive, pratiquant la course de fond, le rugby, le canoë, la natation et la boxe. Il devient journaliste sportif à l’Auto, puis l’auteur du premier grand roman de sport français, Battling Malone, pugiliste. Ou Marcel Berger, fondateur du Plume-Palette Club, ancêtre de l’Association des écrivains sportifs.

Prévost est licencié au PUC (Paris Université Club) et devient champion universitaire français de boxe catégorie poids léger. Un de ses combats reste célèbre, celui organisé par Adrienne Monnier, au Plume-Palette Club à la fin de l’année 1924, où il affronte son ami Ernest Hemingway, autre amateur du noble art.
Prévost vit dans l’idéal éducatif et sportif et, pour lui, le couple sport et pensée toujours se complète. D’ailleurs, le tout premier texte jamais publié par Jean Prévost, en mars 1924 à la NRF, une nouvelle d’une dizaine de pages, s’intitule « Journée du pugiliste », fortement autobiographique. Le lecteur y suit un étudiant, du matin, lors de son réveil, à son combat de boxe de l’après-midi.

Quand il publie chez Gallimard son premier livre, un recueil de textes en 1925, Prévost choisit naturellement de réunir ses textes sportifs : Plaisirs des sports. Dans le contexte des Jeux Olympiques, qui viennent de se tenir à Paris en 1924, l’ouvrage est remarqué comme l’un des brillants exemples de cette « nouvelle littérature française sportive » qui fleurit alors. Aux côtés de Colette, Jean Giraudoux, Henry de Montherlant, Maurice Maeterlink, André Gide, Maurice Genevois Philippe Soupault, ou Maurice Carême, Jean Prévost peut lancer en conclusion de Plaisirs des sports : « Le sport aussi a ses Humanités. »

Comme l’étudiant a appris à penser, l’auteur à écrire, l’athlète fait ses gammes corporelles. Prévost, écrivain du sport, est un pionnier qui réconcilie les deux, la pratique intellectuelle de la raison et la pratique sportive du corps.

Mis à jour le 27/5/2024