8 mars : l’ENS rend hommage au cœur de son bâtiment historique à la mathématicienne et physicienne Yvonne Choquet-Bruhat et à l’historienne Christiane Klapisch-Zuber et annonce un appel à projets

Créé le
9 mars 2026
A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes 2026 et dans le cadre de son programme Femmes et filles de sciences, l’École normale supérieure (ENS-PSL) annonce deux initiatives pour rendre hommage, au cœur de son bâtiment historique, à deux anciennes élèves de l’École normale supérieure, alors dite « de jeunes filles » : Yvonne Choquet-Bruhat (1923-2025), mathématicienne et physicienne, première femme à l’Académie des sciences, dont les travaux ont joué un rôle fondateur dans l’étude mathématique de la relativité générale ; ainsi que Christiane Klapisch-Zuber (1936-2024), historienne spécialiste du Moyen Âge et de la Renaissance en Italie, qui a profondément marqué sa discipline par ses travaux pionniers, notamment en histoire des femmes et du genre.  
Fronton ENS

Un nouveau buste dans la Salle des Actes, un nouveau nom pour la Salle d’Histoire 

La Salle des Actes est la salle d’honneur de l’École normale supérieure : ouverte à l’inauguration du bâtiment, en 1847, elle accueille des plaques comportant les noms des académiciennes et académiciens et chefs de gouvernement issus de ses rangs, ainsi que deux bustes, ceux de l’historien Fustel de Coulanges et du physicien et prix Nobel Alfred Kastler. Elle accueillera désormais également un troisième buste, celui d’Yvonne Choquet-Bruhat. Un appel à projets sera très prochainement lancé pour sélectionner l’artiste qui le produira.  
 
La Salle d’Histoire, qui surplombe la cour aux Ernests, marque depuis toujours par son nom l’importance de cette discipline et de son département au cœur de l’École. Elle portera désormais quant à elle le nom de Christiane Klapisch-Zuber.  
 
Ces deux projets s'inscrivent au cœur de l’histoire de l’École, marquée récemment par un colloque sur les quarante ans de la fusion des deux ENS. Ils visent à la fois à inscrire ces deux grandes savantes dans le mouvement de reconnaissance de la place des femmes au cœur de la recherche, de l’enseignement et de nos institutions, à mettre en avant deux exemples inspirants pour des futures chercheuses et à mettre en lumière le rôle joué par les normaliennes et normaliens, par la science, dans la société.   
 
Le programme Femmes et filles de sciences de l’École normale supérieure 

Ces deux décisions s’intègrent également dans le programme Femmes et filles de sciences de l’École normale supérieure, axe structurant de l’action de Normale sup’ pour la parité dans les sciences, qui comprend notamment les Bourses d’excellence Femmes et sciences (financées par la Fondation de l’ENS), une action de lutte contre les violences sexuelles et sexistes, des actions de soutien et de mentorat (du public scolaire aux doctorantes) et de nombreux événements de sensibilisation et d’information. 
 
Dans ce cadre, l’École normale supérieure a lancé en 2025 une formation aux biais et stéréotypes de genre pour les membres nommés par les ENS des jurys des épreuves orales du concours d’entrée de celles-ci (ENS-PSL, ENS de Lyon, ENS Paris-Saclay et ENS Rennes). Cette action sera cette année encore amplifiée et rejointe par d’autres établissements d’enseignement supérieur.  
 

À propos d’Yvonne Choquet-Bruhat  
 

Yvonne Choquet-Bruhat (1923-2025) est une mathématicienne et physicienne française dont les travaux ont profondément marqué ces deux disciplines. Élève de l’École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres de 1943 à 1946, reçue première à l’agrégation de mathématiques en 1946, elle rejoint ensuite l’ENS comme professeure assistante. Après un séjour à Princeton aux États-Unis, elle enseigne à Marseille puis à Paris de 1960 à 1992, et termine sa carrière à l’IHES.  
 
Ses travaux, situés à l’interface des mathématiques et de la physique, ont joué un rôle fondateur dans l’étude mathématique de la relativité générale. Dans son article de 1952 sur le problème de Cauchy pour les équations d’Einstein, issu de sa thèse dirigée par André Lichnerowicz, elle établit les premiers résultats rigoureux d’existence pour ces équations. Elle met par ailleurs en évidence des phénomènes de propagation qui ont ouvert la voie à l’analyse mathématique moderne des ondes gravitationnelles ; ses contributions ont ensuite nourri durablement les recherches sur les données initiales et l’évolution des solutions des équations d’Einstein. Première femme élue à l’Académie des sciences en 1979, elle est une figure essentielle de la théorie mathématique de la relativité, et plus généralement, de la physique mathématique, au XXe siècle.  
 

À propos de Christiane Klapisch-Zuber  
 

Christiane Klapisch-Zuber (1936-2024) est une historienne spécialiste d’histoire du Moyen Âge et de la Renaissance en Italie qui a profondément marquée la discipline historique par la dimension pionnière de ses travaux scientifiques - notamment en histoire des femmes et du genre.  

Élève de l’École normale supérieure de jeunes filles (Sèvres) à partir de 1955, elle y obtient l'agrégation d'histoire et de géographie (1959) et s’y lie avec Assia Djebar. Elle milite avec elle pour l’indépendance de l’Algérie, ce qui lui vaut d’être emprisonnée pendant dix mois. Après une thèse achevée en 1966 sous la direction de Jacques Le Goff sur les travailleurs du marbre à Carrare du XIVe au XVIe siècle (Les Maîtres du marbre. Carrare : 1300-1600, Paris, 1969), elle fait partie des pionnières de l’usage de l’informatique qu’elle utilise pour éditer et analyser, avec David Herlihy, le cadastre florentin de 1427 (Les Toscans et leur famille. Une étude du Catasto Florentin de 1427, 1978).  

A partir de là, elle développe de nombreux travaux sur l’histoire de la famille et des femmes à la fin du Moyen Âge, dans une perspective d’anthropologie historique, au sein du Centre de recherches historiques (CRH) de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Elle y développe son enseignement et ses recherches jusqu’à la fin de sa carrière, inspirant les travaux de nombreuses étudiantes et étudiants et s'impliquant dans des revues scientifiques qui visent à promouvoir l'interdisciplinarité et les travaux des jeunes chercheuses et des jeunes chercheurs (Clio. Femme, genre, histoire ; Médiévales).