[#Décryptage] : Les satellites, entre usages quotidiens et rivalités géopolitiques ?

Entretien avec Lise Dubois, chercheuse associée à la chaire Espace (ENS-PSL), et Guillaume Schlumberger, expert associé au CIENS (ENS-PSL)

Créé le
20 février 2026
De la géolocalisation de nos smartphones à la synchronisation des réseaux bancaires, les satellites sont partout dans notre quotidien. Mais ces infrastructures spatiales sont aussi au cœur des rivalités géopolitiques. 
Décryptage avec Lise Dubois, docteure en science politique de l’Université Lyon III, spécialiste de la politique spatiale allemande et chercheuse associée à la chaire Espace (ENS-PSL), et Guillaume Schlumberger, expert associé au CIENS (ENS-PSL) et ancien contrôleur général des armées.
Décryptage satellite
Illustration en arrière-plan : Iris - programme for satellite communications for air traffic management ©ESA - P.Carril

A quel point dépendons-nous des satellites au quotidien ?

Guillaume Schlumberger : Les satellites sont devenus des infrastructures clés de l’économie numérique mondiale, fournissant des services indispensables aux citoyens, aux États et aux organisations internationales, en situation normale comme en période de crise.
Les plus connus sont les services de géolocalisation (positionnement, navigation et synchronisation du temps), comme le GPS américain, le Galileo européen ou le Beidou chinois. Leur essor débute dans les années 2000 avec l’ouverture du GPS aux usages civils et la généralisation de récepteurs peu coûteux. Ils sont indispensables aux transports aériens, maritimes et terrestres, mais aussi à des usages courants comme les smartphones. Ils jouent un rôle clé dans la synchronisation des systèmes bancaires internationaux. La télédiffusion par satellite (télévision, radio) s’est fortement développée et représente encore aujourd’hui l’essentiel des revenus des opérateurs spatiaux. 
Les satellites assurent des missions d’intérêt général essentielles : météo, suivi du changement climatique, détection des pollutions, aide à la gestion des catastrophes naturelles lorsque les infrastructures terrestres sont détruites, ou aide aux populations civiles en temps de guerre. 
Depuis quelques années, une nouvelle rupture s’opère avec les constellations de satellites dédiées à l’internet, comme Starlink, bientôt suivies par Amazon Leo ou Guowang ou encore plus récemment CTC 1 et CTC 2. Ces projets deviennent viables grâce à la baisse des coûts de lancement, à la fabrication industrielle de satellites, à la gestion de constellations de grande taille, aux liaisons optiques, à l’intelligence artificielle embarquée et à des investissements massifs, publics et privés. 
Ces constellations transforment leurs opérateurs en fournisseurs de connectivité, capables de concurrencer les réseaux terrestres, notamment dans les zones mal desservies. À moyen terme, l’internet spatial pourrait occuper une place majeure pour la connectivité Internet.

Le spatial est, dès son origine, un domaine à la fois civil et militaire, étroitement lié à l'invention de l'arme nucléaire. Pouvez-vous revenir sur cette histoire ?

Lise Dubois : La première fusée à avoir franchi l’espace extra-atmosphérique est une fusée allemande, élaborée par l’ingénieur allemand Wernher von Braun, appelée Aggregat 4 et lancée en 1942. Un programme de fusées avait été mis en place dès la République de Weimar ; l’Allemagne n’était pas d’ailleurs la seule dans ce cas, l’URSS, les États-Unis par exemple, menaient des programmes de recherche dans un cadre militaire. L’Aggregat 4, renommée V2 pour Vergeltungswaffe 2 (arme de représailles) est utilisée par le régime nazi à partir de 1944 comme un missile balistique contre les populations civiles, principalement en Belgique et au Royaume-Uni. 
C’est cette V2, construite par les déportés du camp d’extermination de Mittelbau-Dora, qui a inspiré les premiers missiles américains, soviétiques et européens. Les Alliés, dont la France, ont en effet récupéré les savoirs et les scientifiques allemands. L’intégration spatiale européenne a débuté avec le missile britannique Blue Streak, dérivé du V2, qui devait servir de premier étage à la fusée Europa. Ce projet s’inscrivait dans le cadre du Centre européen pour la construction de lanceurs d’engins spatiaux, l’une des premières organisations spatiales européennes.

Guillaume Schlumberger : Le premier satellite, Spoutnik, est lancé par l’URSS en 1957, au moment précis où la miniaturisation des têtes nucléaires permet d'envisager les missiles balistiques comme vecteurs (moyens de transport et de mise à feu des armes nucléaires). Le lien avec l'arme nucléaire est direct. Cette dualité civilo-militaire est constitutive de l'aventure spatiale.
Les premiers satellites américains opérationnels, baptisés Corona, surveillent les forces soviétiques et jouent un rôle crucial dans le contrôle des armements pendant la Guerre froide. Ils sont d’ailleurs gérés par les services de renseignement – la NRO (National Reconnaissance Office, agence créée en 1960 et chargée de développer des satellites espion) – et non par l'armée. Pendant des décennies, les programmes militaires orbitaux restent secrets, tandis que la conquête de la Lune bénéficie d'une couverture majeure, alimentant le mythe d'un espace pacifique. Cette origine militaire n'est pas un hasard. Les grandes aventures spatiales nécessitent des investissements massifs sur le long terme. Seuls les ministères de la Défense disposaient de capacités budgétaires suffisantes.

Dans quelle mesure la guerre du Golfe marque-t-elle un tournant ?

Lise Dubois : La guerre du Golfe en 1991 est souvent présentée comme la première « guerre spatiale ». Des satellites avaient déjà été utilisés lors de conflits précédents, comme au Vietnam, mais c’est la première fois qu’autant de capacités spatiales sont mobilisées simultanément : observation, météo, télécommunications et géolocalisation. C'est aussi l'avènement des munitions intelligentes (armes capables de se guider de manière autonome vers une cible grâce à des systèmes de navigation et de capteurs (satellite, laser, GPS) guidées par satellite. Ce conflit a montré à quel point la conduite des opérations dépendait de l’information, largement fournie par les satellites. C’est pour cette raison que l’écrivain et spécialiste en études stratégiques Colin Gray parlait déjà d’une « guerre de l’information ».

Guillaume Schlumberger : Aujourd’hui, les infrastructures spatiales sont devenues des leviers majeurs de supériorité stratégique, aussi bien sur le plan militaire qu’économique. Elles permettent de collecter, transmettre et exploiter des volumes considérables de données, indispensables à la prise de décision, à la coordination des actions et à la maîtrise des opérations.
Toute nation qui veut peser stratégiquement investit dans le spatial. Sans satellites, il devient très difficile de communiquer, de se repérer, d’observer ou d’agir efficacement à l’échelle globale. En ce sens, le spatial ne remplace pas les autres formes de puissance, mais il est devenu un maillon indispensable de la supériorité stratégique contemporaine.

Justement, comment la montée en puissance des constellations commerciales rebat-elle les cartes ?

Guillaume Schlumberger : L’irruption de méga constellations de satellites entraîne un accaparement de ressources rares, en particulier les orbites et les fréquences. Cette situation complique la régulation internationale, notamment dans le cadre de l’Union internationale des télécommunications, chargée de coordonner l’attribution des fréquences et des orbites. Par ailleurs, la préservation à long terme de l’environnement spatial supposerait une organisation planifiée et durable des usages orbitaux. Or, les rivalités et tensions géopolitiques actuelles rendent cet objectif difficilement atteignable à court terme. 
Les opérateurs deviennent également des sources de normes, à travers des standards techniques qui s’imposent aux usages, en parallèle du droit international, dont le traité de 1967 demeure le socle, alors que les discussions à l’ONU sont largement bloquées depuis des années. Les points de blocage concernent notamment la prévention d'une course aux armements dans l'espace, et la régulation des débris spatiaux, pour laquelle les lignes directrices de l'ONU restent non contraignantes malgré la prolifération exponentielle des satellites. 
Pour autant, les États demeurent des acteurs majeurs, tant pour le financement et le développement que pour l’achat de services, garantissant l’équilibre économique encore fragile des constellations. Ils disposent également de leviers juridiques pour réguler l’accès aux marchés, aux fréquences, et, en vertu du traité de 1967, restent responsables des satellites lancés sous leur autorité, qui doivent être enregistrés.

Lise Dubois : Si la guerre du Golfe peut être considérée comme la première guerre spatiale, la guerre en Ukraine pourrait bien être la première guerre spatiale commerciale. C’est la première guerre où les communications et le renseignement d’un pays reposent en partie sur des entreprises américaines comme SpaceX ou Maxar ou encore finlandaise comme Iceye.

En quoi le spatial est-il indissociable de la cybersécurité, et quelles sont les vulnérabilités qui en découlent ?

Guillaume Schlumberger : Un satellite qui ne reçoit plus de commandes depuis la Terre, qui ne peut plus émettre devient un débris. Les logiciels embarqués à bord des satellites ont besoin de mises à jour régulières, en particulier les nouveaux systèmes intégrant de l’intelligence artificielle ou fonctionnant en constellation. 
Un système satellitaire est donc avant tout une infrastructure de données : il combine des éléments matériels, des réseaux de communication, de l’électronique, des logiciels, ainsi que des liaisons entre satellites et entre l’espace et la Terre. La cybersécurité, longtemps négligée dans les systèmes anciens encore en service, est désormais un impératif de bout en bout. 
L’importance du segment sol est souvent sous-estimée. Des « pas de tirs », (l’emplacement d’où une fusée décolle pour placer un satellite en orbite) aux stations de réception, en passant par les systèmes de suivi et les centres de commande répartis sur le globe, toutes ces infrastructures constituent des cibles potentielles, pour des attaques cyber comme pour des actions plus destructrices. 
La menace cyber est donc présente à chaque niveau d’un système spatial, et la protection n’est réellement efficace que si elle est pensée dès la conception et régulièrement mise à jour. Les constellations présentent un risque particulier : une intrusion peut affecter l’ensemble du système, et non un satellite isolé. Elles offrent toutefois aussi des avantages. Les opérateurs sont souvent responsables de la conception de leurs systèmes ; leur modèle économique repose sur la continuité et la qualité du service, ce qui les incite à placer la cybersécurité au cœur de leurs priorités. Enfin, la durée de vie plus courte de ces satellites — environ cinq ans, en orbite basse — impose un renouvellement fréquent, limitant l’obsolescence en matière de cybersécurité.

Quels sont les enjeux de souveraineté et les fragilités liés à la fabrication et au fonctionnement des satellites ?

Guillaume Schlumberger : La recherche de solutions rapides et peu coûteuses a longtemps conduit les industriels à utiliser des composants « sur étagère », (c’est-à-dire disponibles sur le marché mondial). Cette pratique a créé des fragilités dans les chaînes d’approvisionnement, notamment en matière de sécurité et de cybersécurité. L’utilisation de composants issus du marché mondial multiplie les dépendances à des fournisseurs externes et réduit la maîtrise des processus de fabrication, ce qui ouvre des vulnérabilités techniques, logicielles et cyber (composants compromis, malveillants, contrefaits ou insuffisamment sécurisés). 
Un satellite est très difficile, voire impossible, à réparer une fois en orbite, tant pour des raisons techniques que financières. Lorsqu’un système passe du stade expérimental à une exploitation opérationnelle, ces risques de vulnérabilités doivent donc être fortement réduits. 
Cela impose une vigilance sur l’ensemble de la chaîne industrielle, en particulier sur les sous-traitants et l’origine des composants. Pour l’Europe, cela signifie réduire certaines dépendances technologiques vis-à-vis des États-Unis et de la Chine, en renforçant ses capacités industrielles, en sécurisant ses approvisionnements et en développant des alternatives souveraines.

Quel est l’impact des systèmes satellitaires dans la guerre de l’information ?

Guillaume Schlumberger : L’observation spatiale, notamment grâce à des satellites commerciaux, rend les conflits beaucoup plus visibles et « transparents ». Elle permet une diffusion rapide et large d’images et de données, sans être soumise aux mêmes contraintes de secret que les moyens de renseignement étatiques. Elle limite ainsi l’impunité des acteurs en apportant des éléments de preuve visibles et partageables.Ces données peuvent aussi alimenter l’émotion du grand public, en se combinant avec d’autres sources d’information comme les réseaux sociaux ou des images issues de multiples canaux, en particulier dans les sociétés démocratiques où l’information circule plus librement.  
Dans ce contexte, la maîtrise de la diffusion, mais aussi la fiabilité des données et leur interprétation, deviennent des enjeux centraux.
Jusqu’à présent, la manipulation de données spatiales est restée limitée. Mais l’essor de l’intelligence artificielle pourrait faire craindre l’apparition de fausses images satellitaires capables de remettre en cause la valeur de preuve traditionnellement associée aux données spatiales. 
Les systèmes de communication par satellite sont depuis longtemps perçus par les régimes autoritaires comme des menaces pour le contrôle de l’opinion publique, et donc comme des outils d’ingérence, comme ce que l’on a pu voir récemment en Iran vis-à-vis de Starlink (les autorités ont brouillé les terminaux Starlink pour couper Internet de sa population). À l’inverse, la perturbation volontaire de services spatiaux essentiels à la vie économique et sociale peut fragiliser la cohésion d’une société et devenir un instrument de pression.

Quels sont aujourd’hui les gestes hostiles dans l’espace et en quoi le spatial s’inscrit-il dans la logique de la guerre hybride ?

Guillaume Schlumberger : L’espace se prête particulièrement à des actions dites « hybrides », c’est-à-dire situées en dessous du seuil de la guerre ouverte, dans ce que l’on appelle la « zone grise ». Cela tient à plusieurs facteurs : la difficulté d’identifier rapidement la cause d’une panne dans un environnement lointain et hostile ; l’ambiguïté possible sur l’origine d’une action, qui complique son attribution, d’autant que le nombre d’acteurs spatiaux, étatiques ou non, ne cesse d’augmenter ; enfin, l’absence de frontières et de souveraineté dans l’espace extra-atmosphérique, qui rend les conséquences d’un acte hostile difficiles à circonscrire. Les effets peuvent d’ailleurs se propager en cascade sur l’ensemble du globe, ce qui complique l’évaluation rapide de la gravité d’un incident.
Jusqu’à présent, les actions observées sont restées de faible intensité et une certaine retenue a prévalu. Rien ne garantit toutefois que cette situation perdure. 
Dans ce contexte, la connaissance de ce qui se passe en orbite est cruciale. Si la trajectoire des satellites est largement prévisible, il s’agit désormais de connaître précisément leur nature, leurs capacités et leur fonctionnement. Cette connaissance permet de mieux se protéger et d’envisager des actions de légitime défense. À l’inverse, l’identification des vulnérabilités d’un système peut faciliter des actions ciblées, comme les manœuvres de satellites s’approchant d’autres satellites pour en analyser le fonctionnement. 
Au-delà de la simple surveillance destinée à éviter les collisions ou les interférences accidentelles, les puissances spatiales développent aujourd’hui de véritables capacités de renseignement spatial pour protéger leurs actifs en orbite.

Quelle est aujourd’hui la probabilité d’un « Pearl Harbor spatial » ?

Guillaume Schlumberger : Un « Pearl Harbor spatial » correspondrait à une attaque surprise et massive, visant à neutraliser les capacités spatiales d’un ou plusieurs pays et à paralyser la conduite des opérations militaires. Si l’on s’en tient à la vision réaliste des relations internationales,  il n’y a pas de raison pour que l’espace soit soustrait à ce qui caractérise les relations entre les États, à savoir l’anarchie du système international et donc le risque de guerre. Une agression de cet ordre serait étroitement liée à un conflit terrestre ; sa forme et son intensité dépendraient des acteurs impliqués, du contexte et de l’évolution de la situation. Pendant la guerre froide, l’espace était déjà un terrain de confrontation entre les superpuissances. C’est toujours le cas. Quelques mois avant l’invasion de l’Ukraine, la Russie a détruit l’un de ses anciens satellites, démontrant sa capacité de nuisance dans l’espace.

Quels types de stratégie les pays mettent-ils en place pour se protéger ?

Guillaume Schlumberger : En France, l’analyse stratégique met en évidence les limites d’une approche fondée uniquement sur les traités internationaux et promeut le développement de capacités de renseignement spatial et de légitime défense, pouvant aller jusqu’à la défense active. Dans ce cadre, la France développe ses premières capacités dédiées à la protection de ses satellites.

Lise Dubois : Après l’attaque de l’Ukraine par la Russie, l’Allemagne a engagé un changement de paradigme et souhaite faire de la Bundeswehr la première armée conventionnelle d’Europe, ce qui suppose des infrastructures spatiales performantes. Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a annoncé en septembre 2025 un investissement de 35 milliards d’euros dans les capacités de défense spatiale et de sécurité spatiale. Il s’agit d’un changement majeur pour un pays historiquement très prudent sur ces questions. D’autres États européens, comme l’Italie, troisième puissance spatiale du continent, affichent également des ambitions fortes dans le spatial civil et militaire.

Guillaume Schlumberger : Les États-Unis ont, de leur côté, développé depuis le milieu des années 2010 une stratégie explicite de résilience de leurs infrastructures spatiales, en particulier des constellations, associée à des capacités de renseignement et à des moyens offensifs partiellement couverts par le secret. Cette stratégie reflète l’importance du spatial pour leurs forces armées et leur volonté de pouvoir continuer à l’exploiter en cas de conflit prolongé, tout en étant capables d’en priver un adversaire. L’initiative annoncée début 2025 par le président Trump de bouclier antimissile Golden Dome repose largement sur de nouvelles capacités spatiales et s’inscrit dans une accélération de la numérisation des forces américaines. Si ces projets aboutissent, ils pourraient ouvrir une nouvelle ère, dans laquelle l’espace deviendrait un champ de confrontation à part entière.

Quelles sont les types de coopération à l’échelle européenne ?

Lise Dubois : Les enjeux de défense, et en particulier dans le spatial, imposent une coopération renforcée. Le programme européen de surveillance de l’espace (EU SST) illustre cette logique.
L’Agence spatiale européenne (ESA), créée en 1975 comme organisation civile, a franchi un cap lors de son dernier conseil ministériel à Brême en novembre 2025, avec l’adoption d’un programme pluriannuel de 22 milliards d’euros, un niveau inédit. Cette évolution traduit une prise de conscience : les enjeux spatiaux ne sont plus seulement scientifiques ou civils, ils sont désormais étroitement liés à la sécurité et à la défense. Le programme « Résilience européenne depuis l’espace », future infrastructure d’observation à double usage développée avec l’Union européenne, en est une illustration. Il vise à servir à la fois les besoins civils — gestion de crises, catastrophes naturelles — et la protection des infrastructures critiques. 
Depuis 2024, un commissaire européen à la Défense et à l’Espace, un poste qui est occupé par le Lituanien Andrius Kubilius, coordonne ces politiques. Les grands programmes européens, comme Galileo ou Copernicus, ont été conçus dès l’origine dans une logique d’autonomie stratégique. La guerre en Ukraine a mis en évidence le besoin d’un système européen de télécommunications satellitaires, à l’origine du programme IRIS², malgré des difficultés liées aux rivalités industrielles et aux logiques nationales.
L’autonomie stratégique de l’Europe dans l’espace, dans un contexte de distanciation avec les États-Unis et de retour de la guerre sur le sol européen, se joue plus que jamais par une action coordonnée des États européens.

Propos recueillis par Stéphanie Braquehais, de la chaire Espace et du CIENS (Centre interdisciplinaire sur les Enjeux Stratégiques) ENS-PSL .