La DGNum : quand les étudiants expérimentent et construisent le numérique à l’ENS-PSL

Une initiative au service de la communauté normalienne

Créé le
7 avril 2026
À l’ENS - PSL, les étudiantes et étudiants ne sont pas seulement usagers du numérique : ils en sont aussi parfois les architectes. Créée en 2022, la DGNum (Délégation Générale Numérique) est une association étudiante qui développe et administre plusieurs services utilisés au quotidien par la communauté normalienne, tout en portant une réflexion plus large sur les enjeux techniques, politiques et sociétaux du numérique. Réseau Wi-Fi des internats, outils collaboratifs, sensibilisation et formation à l’utilisation de logiciels libres ou encore nouveaux cours sur les technologies numériques : trois de ses membres, Matthieu Boyer, Maurice Debray et Antoine Groudiev, nous présentent les objectifs et les projets de cette initiative singulière, qui fonctionne en étroite collaboration avec les services informatiques de l’École.
DGNUM
Trois des membres de la DGNum - de gauche à droite : Léo Lanteri Thauvin, Matthieu Boyer et Antoine Groudiev.

Faciliter le quotidien

Besoin d’un espace de stockage et de partage de fichiers ? D’un générateur de QR code efficace ? D’un outil de modification de PDF simple à utiliser ou d’un gestionnaire de mot de passe fiable ? La DGNum a les outils qu’il vous faut.

Fondée en 2022 par Ryan Lahfa et Jean-Marc Gailis, deux anciens étudiants – l’un informaticien, l’autre géographe – l’association propose de nombreux services pour simplifier le quotidien numérique de la communauté normalienne. Parmi ceux-ci, le déploiement du réseau wi-fi dans la totalité des internats de l’École et la mise en avant d’initiatives open source et libres au sein de l’ENS-PSL et plus largement dans l’enseignement supérieur et la recherche. « Aujourd’hui, le projet FAI – celui du déploiement du Wi-Fi, en particulier à l’internat de l’École – occupe la majeure partie du temps de la DGNum », explique Antoine Groudiev, trésorier adjoint de l’association et étudiant en 2e année de master au département d’informatique. « Le conseil technique aux normaliens et aux autres associations et organes de l’établissement fait aussi partie de nos priorités, tout comme l’offre de choix d’outils libres et indépendants. »

Un terrain d’exploration

Une association aux airs de laboratoire : ses membres, soucieux de proposer des outils novateurs, sont en constante expérimentation. « C’est ce qui participe à l’ADN de la DGNum et qui la distingue d’autres associations portées sur le numérique », estime Matthieu Boyer, secrétaire et également étudiant au département d’informatique. « Nous utilisons des technologies complexes et parfois de pointe, fondées sur des méthodes tirées de la recherche et de l’informatique fondamental. » Pour Maurice Debray, trésorier et étudiant rattaché au département de physique de l’ENS-PSL, la DGNum s’est révélée un « formidable terrain d’exploration et de liberté » permettant le déploiement d’outils « non conventionnels. »

« Il y a à l’ENS-PSL une vraie culture de confiance qui se crée dès lors que les projets sont bien formés, ainsi qu’une véritable attention aux nouvelles initiatives. » - Matthieu Boyer, secrétaire de la DGNum et étudiant au département d’informatique de l’ENS-PSL

Autre particularité : la DGNum travaille régulièrement en lien avec les équipes administratives de l’École, notamment avec son Centre de Ressources Informatiques, le CRI, et son service logistique et technique. Un dialogue tissé dès la création de l’association : « la DGNum a eu la chance d’avoir été écoutée sérieusement lorsque ses premiers membres sont venus présenter le projet FAI auprès de la direction des services », expliquent Matthieu Boyer et Maurice Debray. Depuis, les étudiants et étudiantes œuvrent main dans la main avec l’administration, « toujours en bonne intelligence », précisent-ils. « Nous avons une autonomie et un contact très particulier et très direct avec les services de l’École et l’administration », ajoute Matthieu Boyer. « De manière générale, il y a à l’ENS-PSL une vraie culture de confiance qui se crée dès lors que les projets sont bien formés, ainsi qu’une véritable attention aux nouvelles initiatives. »

Savoir maîtriser les outils pour avoir le choix

Autour du développement des outils numériques, la DGNum articule une véritable réflexion sur leurs usages et leurs enjeux à plus large échelle, où la question de la souveraineté numérique et des logiciels libres est centrale. « Imaginez ceci : un jour, le conseil d’administration de Twitter décide de vendre au plus offrant l’intégralité des données de ses utilisateurs ; tout le monde saura que c’est vous qui gérez ce compte postant des photomontages mignons de grenouilles. », illustre Matthieu Boyer avec une pointe d’humour. Une situation rocambolesque qui pourrait devenir « de plus en plus envisageable » selon les membres de la DGNum, notamment face à l’évolution des rapports entre les entreprises privées et le gouvernement américain. « Nous ne sommes pas complètement opposés aux GAFAM, mais nous tenons au fait d’avoir le choix », appuie-t-il. « Il faut pouvoir, État comme individu, maîtriser tous les outils dont on dépend pour ne pas se retrouver à la merci du bon vouloir d’une entité tierce. »

Bien évidemment, les membres de la DGNum se sont aussi penchés sur les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Et s'ils ne sont pas réfractaires à l’utilisation de l’IA générative, ils restent cependant « très prudents » dans leurs pratiques et appellent à en faire de même. « Nous n’utilisons pas de code qui n’a pas été écrit à la main et complètement relu ou révisé par l’humain, et essayons tant que possible de garder la tête froide par rapport à ces technologies », indique Antoine Groudiev. « Au vu du fonctionnement de ces outils, il semble difficile de leur faire une confiance aveugle, et même si leurs évolutions et conséquences positives possibles restent à observer, une mauvaise utilisation de modèles génératifs a été la cause d’un grand nombre de problèmes techniques au cours des dernières semaines. » L’étudiant cite en exemple plusieurs interruptions de service chez AWS (Amazon Web Service) et Cloudfare, deux entreprises majeures de l’écosystème numérique et qui interviennent pour l’hébergement de nombreux sites.

Matthieu Boyer pointe quant à lui les conséquences et les coûts relatifs à la création et l’utilisation de tels outils d’IA, qu’ils soient sociaux, culturels, environnementaux, économiques, ou concernent les politiques induites : « il est aujourd’hui impossible de développer un modèle d’IA sans des données d’entraînement en quantités faramineuses, et encore moins des ressources de calcul, en matériel pur, en électricité, et en eau pour le refroidissement des machines, qui sont bien au-delà du raisonnable. »

« Un service public à l’usage de l’ENS-PSL »

Compétences techniques, mais aussi réflexions sur l’usage du numérique aujourd’hui, gestion de projet… ses membres sont unanimes : la DGNum est une association particulièrement formatrice. « J'apprends beaucoup, notamment dans les domaines de la fabrication et du développement web », témoigne Matthieu Boyer. « Même si j’avais déjà un peu touché à la gestion d’une association, les liens très particuliers avec l’administration de l’École apportent une expérience inestimable en matière de compétences », poursuit-il. L’étudiant revient aussi sur un apprentissage essentiel à ses yeux : comprendre le cœur de la mission du service public, par l’une des principales vocations de la DGNum, qui orchestre une initiative de mise à disposition de compétences au plus grand nombre. « Nous aspirons à être un service public à l’échelle de l’ENS-PSL », résume Matthieu Boyer.

Éclairer les usages du numérique sous un angle transdisciplinaire À partir du mois de mai, l’association lance une série de cours intitulée « Comprendre l’ère numérique par ses technologies et ses enjeux », à destination des étudiants littéraires de l’École et, plus généralement, à tous celles et ceux qui utilisent les outils numériques et perçoivent un certain nombre de leurs limitations dans la vie de tous les jours, sans les comprendre. « Il y a un réel manque d’information sur le fonctionnement de ces outils. Il nous a donc semblé important, en accord avec l’administration de l’ENS, de proposer un cours moins académique et plus terre à terre en rapport avec l’informatique », justifie Matthieu Boyer. « Nous souhaitons montrer qu’une fois levées les quelques rapides barrières de connaissances qui ne sont pas conceptuellement complexes, un certain nombre d’enjeux, pouvant appeler au débat, apparaissent naturellement. »

« Les enjeux fonctionnels du numérique ont des impacts sur tous, sans qu’on s’en rende forcément compte, et ce principalement par manque de compréhension » - Matthieu Boyer

Le cours s’articulera autour de la présentation de six groupes de technologies : la fabrication d’internet, d’applications open source, de la cybersécurité, du fonctionnement interne des ordinateurs, et des intelligences artificielles. L’objectif ? Expliquez le contenu des objets, mais sous le prisme des enjeux sociaux, culturels, et politiques qui s’y rapportent. Seront abordés, entre autres, la notion de souveraineté numérique, l’utilisation massive de Google et ses conséquences individuels et politiques, le contrôle personnel sur les données, la levée d’anonymat contrôlée et le danger de donner sa carte d’identité sur un site web. Autant de sujets pour interroger et mieux comprendre l’utilisation des outils numériques, abordés sous un angle transdisciplinaire et fondamental pour les membres de la DGNum : « nous ne voulons pas que l’informatique reste une science à part », explique Matthieu Boyer. « Il s’agit de l’étude d’outils au cœur de toutes nos disciplines ou presque. Les enjeux fonctionnels du numérique ont des impacts sur tous, sans qu’on s’en rende forcément compte, et ce principalement par manque de compréhension ».

Faciliter le quotidien, expérimenter, transmettre, questionner : loin de se limiter à une palette d’outils techniques, la DGNum contribue aussi à éclairer les usages et les logiques du numérique à plusieurs échelles, de l’École à nos sociétés.

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Matthieu Boyer est en 3e année au département d’informatique et également en Master 2, en cours de spécialisation dans l’étude graphique de données non numériques et plus particulièrement dans la visualisation de données en traitement du langage naturel. Originaire du Beaujolais, il effectue ses années de lycée et de classe préparatoire mathématiques-physique au lycée La Martinière Monplaisir à Lyon.

Membre de la DGNum après un passage au COF, le bureau des étudiants de l’ENS-PSL, il en est aujourd’hui le secrétaire depuis juillet 2025 et s’occupe de la gestion administrative et logistique de l’association. « Les missions de développement de l’accès aux technologies numériques de l’association me tiennent à cœur, en particulier la facilitation de la souveraineté et de l’indépendance numérique. »

Maurice Debray est en dernière année à l’ENS-PSL. « Physicien de formation, je suis néanmoins très intéressé par les aspects techniques du numérique. » Il rejoint la DGNum en 2023, afin de pouvoir toucher concrètement à des serveurs et déployer des services pour la communauté normalienne.

En master 2 au département d’informatique, Antoine Groudiev s’intéresse à la robotique et l’apprentissage automatique. Trésorier adjoint, il intègre la DGNum en 2024 pour participer à la mise à disposition d’outils numériques dédiés à la communauté normalienne.