Lancement de l’Observatoire de l’Égalité des chances par l’Institut Polytechnique de Paris et les Écoles normales supérieures
Communiqué de presse
Vendredi 5 décembre 2025, à l’occasion de la journée mondiale de l’égalité des chances, l’Institut Polytechnique de Paris et les quatre Écoles normales supérieures ont annoncé le lancement de l’Observatoire de l’Égalité des chances, créé pour analyser, documenter et suivre dans la durée l’accessibilité aux filières les plus sélectives de l’enseignement supérieur français.
En 2021, un rapport de l’Institut des politiques publiques (IPP) montrait que, malgré les dispositifs d’ouverture sociale mis en place par certaines grandes écoles à partir du milieu des années 2000, le recrutement de ces formations n'avait pas assez évolué au cours de la décennie 2006-2016.
Depuis la période couverte par cette étude, plusieurs réformes ont profondément modifié le paysage de l’enseignement supérieur en France : mise en place de la plateforme Parcoursup en 2018, réforme du lycée en 2019, création de classes préparatoires « Talents du service public » ou encore mise en place par certaines grandes écoles d’une bonification au concours pour les candidats boursiers sur critères sociaux. C'est pour objectiver les effets de ces transformations sur le recrutement des filières sélectives que l’Institut Polytechnique de Paris et les quatre Écoles normales supérieures fondent l’Observatoire de l’égalité des chances.
La collaboration, associant IP Paris et ses six écoles membres (École polytechnique, ENSTA, ENPC, ENSAE, Telecom Paris, Telecom SudParis) aux Écoles normales supérieures (ENS – PSL, ENS Paris-Saclay, ENS Rennes, ENS de Lyon), s’appuiera sur l’expertise de l’Institut des Politiques Publiques ainsi que sur celle des équipes de recherche des établissements fondateurs – notamment du CREST (unité mixte de recherche, CNRS, Ecole polytechnique, ENSAE) – spécialisées dans l’analyse des filières sélectives, et dotées en datavisualisation afin d’assurer une diffusion accessible des résultats. La coordination scientifique du projet est assurée par Julien Grenet, directeur de recherche au CNRS et directeur adjoint de l’Institut des Politiques Publiques.
Comprendre les mécanismes à l’œuvre
En produisant des analyses rigoureuses, transparentes et fondées sur des données couvrant des générations entières d’élèves, l’Observatoire fournira à l’ensemble de l’écosystème de l'enseignement supérieur et de la recherche, et plus largement aux décideurs publics des indicateurs fiables et actualisés et des leviers d’action. Il donnera un éclairage sur les mécanismes qui structurent l’accès aux élites en France et permettra d’accompagner les politiques de démocratisation de l’enseignement supérieur.
L’Observatoire, inédit par la richesse et la profondeur des données qu’il pourra mobiliser, prendra en compte plusieurs dimensions du recrutement (origine sociale, origine géographique, profil scolaire et genre) de même que la diversité des filières (scientifiques, économiques, littéraires, publiques/privées, territoriales, degrés de sélectivité).
Il analysera les écarts de taux d’accès selon les caractéristiques sociales, territoriales et scolaires. Le suivi longitudinal de cohortes d’élèves permettra d’identifier les étapes où les trajectoires divergent. Une attention particulière sera donnée aux choix d’orientation post-bac à partir des données APB et Parcoursup.
L’Observatoire travaillera en articulation avec l’écosystème national, et notamment avec la Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP) et le Service de l’Information Statistique et des Études (SIES), dont les données et l’expertise sont essentielles pour garantir la robustesse des analyses et la compréhension des dynamiques éducatives.
Une feuille de route pour des résultats durables
Le partenariat s’inscrit dans un calendrier précis, prévoyant un rapport intermédiaire dès la deuxième année, un rapport final en troisième année, deux focus thématiques réalisés en quatrième année – notamment sur la représentation des femmes dans les filières sélectives scientifiques – ainsi que, chaque année, des points d’étape accompagnés de mises à jour et d’analyses.
Les productions incluront à la fois des rapports et notes de synthèse, des publications académiques, un outil interactif de visualisation de données et des programmes de réplication pour garantir la transparence des résultats.
Les données réunies permettront, enfin, de conduire des expérimentations ciblées, telles que l’identification d’élèves ayant un fort potentiel de réussite en CPGE mais n’y candidatant pas, le repérage des établissements présentant les écarts de genre les plus marqués dans les choix d’orientation, ou encore la mise en œuvre d’actions de sensibilisation visant à encourager des élèves performants d’origine modeste à candidater aux filières les plus sélectives.
Une ressource pour la gouvernance des écoles d’IP Paris et des Écoles normales supérieures
Les travaux de l’Observatoire de l’Egalité des Chances ont également vocation à devenir une ressource stratégique pour la gouvernance des écoles d’IP Paris et des ENS dans leurs politiques actives de réduction des inégalités.
Ses travaux, conçus pour éclairer le débat public et avoir un effet d’entraînement, donneront lieu à des publications scientifiques et aideront décideurs et établissements à mieux comprendre les dynamiques d’accès.
« Créer les conditions d’une amélioration de l’égalité des chances dans les filières sélectives, ce n’est pas un risque pour l’excellence de ces dernières, mais au contraire la garantie de ne pas fausser, et même de renforcer les critères d’exigence scientifique (notamment dans nos concours) en renforçant les conditions de leur équité. C’est la condition de la confiance à la fois et inséparablement, dans la science et dans la République que nos Écoles, et l’ENS bien sûr depuis sa fondation, doivent incarner. Ce nouvel Observatoire permettra, avec la démarche scientifique qui est fondamentalement la sienne, de construire le cadre d’une observation et d’une évaluation précises, sur des sujets précis, pour améliorer ce que nous mettons déjà en œuvre, et cela avec des mesures elles aussi précises, fondées, efficaces et justes », explique Frédéric Worms (directeur de l’Ecole normale supérieure).
« Les transformations de ces vingt dernières années ont profondément modifié le paysage des filières sélectives ; il est indispensable de pouvoir en mesurer les effets de manière objective. Cette exigence est désormais partagée dans tout l’écosystème et c’est collectivement que nous pouvons progresser. Les établissements ont engagé ce travail depuis longtemps, mais la création de l’Observatoire marque une étape nouvelle : celle d’une évaluation scientifique, transparente et cumulative, qui permettra d’éclairer durablement les politiques de démocratisation. » souligne Thierry Coulhon (Président du Directoire de l’Institut Polytechnique de Paris).
