Dire la maladie

Journée d’études du Séminaire International d’Etudes sur le Soin

Une journée d'étude rassemblant des philosophes et des soignants autour du thème "Dire la maladie".
Seated Figure by the Djenné peoples of Mali, 13th century, The Metropolitan Museum of Art
Seated Figure by the Djenné peoples of Mali, 13th century, The Metropolitan Museum of Art

Que peut-on dire de la maladie, de son expérience, de son accompagnement et de son soin ? Face à l’épreuve, il semble que les mots nécessairement nous manquent, qu’ils apparaissent dans leur pauvreté désarmante et nous laissent démunis. Il faudrait pouvoir dire, répondre, et le langage fait cruellement défaut. Toute tentative hors du mutisme, lui-même coupable, paraît trompeuse voire scandaleuse. La maladie peut-elle alors trouver à se dire néanmoins ? Il faudra examiner ce que la maladie fait à la parole : comment la pathologie est aussi trouble de notre faculté même à la dire, qui fait partie prenante de la maladie. C’est ainsi la subjectivité même comme ancrée dans la faculté de parler qui se voit vaciller. Et à qui une telle parole pourrait-elle encore être adressée ?

Qui pourra en effet m’écouter ? La maladie isole : malade, famille et proches peinent à se parler, à trouver les mots justes - ceux qui permettent un geste, une attention dans l’échange. La maladie confine à une solitude qui est enfermement dans des sensations, des émotions qui submergent. Quand les mots peuvent être une blessure, comment ne pas préférer se taire ?

C’est à partir de ces difficultés que des ressources pourront peut-être être esquissées, par l’examen de ce que les mots peuvent néanmoins faire : décrire au plus juste ; exprimer la plainte ; partager, chercher un signe de reconnaissance ; apaiser peut-être. Ainsi, il nous faudra ouvrir une seconde piste, avec l’examen de ce que la parole et l’écriture peuvent faire à la maladie.

Le langage pourra être analysé alors dans ses différentes manifestations : la plainte ; la narration qui ressaisit, jusque dans leur impossible mise en forme, les vies brisées ou recomposées ; la conversation encore. Les œuvres littéraires qui mettent particulièrement en avant ces traits de la maladie, mais aussi l’expérience clinique, le simple témoignage et la perspective sociologique, seront l’objet d’une attention privilégiée. Les questions de l’usage de la parole et particulièrement du travail d’écriture dans le soin seront particulièrement examinées.

Programme

Matinée : Salle U 203, 29 rue d’Ulm 2ème étage. (modération Claire Marin, SIES)

9h : Accueil, café
9h15-30 Introduction : Frédéric Worms (ENS) ; Martin Dumont (Translitterae)
9h30-10h 15 : Rozenn Le Berre (philosophie, CEM / EA 7446 ETHICS) : Que dire de la maladie?
10h15-11h : Jean-Christophe Mino (médecin chercheur, Sorbonne Université) : Dire la vie après la maladie. A propos de la prévention suite à un cancer.

Pause

11h15-12h : Christine Loisel (pédopsychiatre et psychanalyste) et Aurélia Damarey-Dury (psychologue) : Dire le corps. Quelle place pour l'écriture ?
12h – 12h45 : Sophie Vasset (littérature anglaise, Paris Diderot) : De la politique de santé à la personne malade dans "Testament à l'anglaise" de Jonathan Coe.

Pause, repas.

Après-midi (modération Deborah Levy-Bertherat, ENS) Salle Dussane, 45 rue d’Ulm RdC.

14h30 – 15h15 : Valeria Milewski (biographe hospitalière, CHU Chartres) : La biographie hospitalière : rôle de la parole et de l’écriture dans la maladie grave
15h15- 16h : Ariane Bayle (littérature, Lyon III) : Récit de maladie et partage des voix.

Pause

16h15-17h : Marion Hendrickx (psychiatre, GHICL) : Quand "dire la maladie" est la maladie : quand un patient endosse un diagnostic qu'il n'a pas...
17h – 17h30 : Discussion générale et clôture de la journée

 

Mis à jour le 9/1/2020