Semaine italienne de l'ENS 2026
L’Italie, pays de tous les excès
La semaine italienne se tiendra cette année du 27 mars au 3 avril 2026 sur le thème "L'Italie, pays de tous les excès". Ces quelques jours à l’initiative d’un groupe d’élèves, d’étudiants et de professeurs de l’ENS avec le soutien de l’École et de ses départements comprennent des évènements aussi divers que des conférences, tables rondes, projections et représentations artistiques.
En 2026, la semaine italienne de l'ENS s'attaque à un poncif : “l’Italie, pays de tous les excès”. Mais l’excès italien a-t-il une réalité au-delà du cliché ? Et si oui, quelles formes prend-il ?
Si l’excès est synonyme de transgression, ni l’un ni l’autre n’impliquent nécessairement une libération : c’est là leur ambiguïté. Le fascisme puis le berlusconisme sont effectivement des transgressions des normes politiques et morales, mais qui refondent immédiatement de nouvelles normativités, parfois encore plus brutales – racisme, misogynie, homophobie… Il ne doit pas s’agir d’exalter ni de condamner par principe la transgression, mais de voir ce sur quoi elle débouche.
Car il existe aussi d’autres excès produits depuis les marges : excès satiriques, trans-féministes et décoloniaux, qui résistent dans une période de fascisation et dessinent un sens italien du _camp_, pour parler avec Susan Sontag – une esthétique de l’extravagance, de l’artifice et de la parodie.
À travers l’histoire de l’Italie, l’excès apparaît aussi comme un outil et une forme privilégiés du pouvoir. Benedetto Croce voyait notamment dans l’excès architectural une filiation essentielle entre absolutismes baroque et fasciste, deux pouvoirs ayant mis en œuvre simultanément la prolifération d’espaces monumentaux et en trompe-l’œil et la destruction du concept même d’espace public.
De même, le pouvoir peut instrumentaliser l’excès, le naturaliser, prétendre en faire une constante de l’ADN italien, et réduire ainsi la politique à un grand cirque où chaque nouvelle dérive est accueillie avec une résignation cynique. Et si les sorties de route et saillies grotesques mises en scène par les dirigeants italiens n’étaient au fond qu’une façon de maquiller la réalité fonctionnelle du pouvoir ? L’excès est autant une grille de lecture qu’un filtre, qui en met plein la vue et empêche d’y voir clair.
Ce sont ces dimensions de l’excès, entre esthétique, pouvoir et transgressions, qui seront abordées dans cette nouvelle édition de la Semaine italienne de l'ENS.
Programme
Vendredi 27/03
19h-20h30, amphi Galois : Conférence de SOS Méditerranée : “Comment est-ce que les citoyen-nes répondent aux manquements de l’Europe ?”
20h30-22h, Pôt : Dîner solidaire co-organisé avec MigrENS au profit de SOS Méditerranée
Lundi 30/03
18h-20h, salle F : Rencontre avec l’écrivain Constant Spina : “Sud Gaze, méridionalisme et autres résistances dans la création artistique contemporaine en Italie”
20h-22h, salle Dussane : Projection du film de Carmelo Bene, Nostra Signora dei Turchi (1968)
Mardi 31/03
18h-20h, salle Weil : Conférence de l’historien de l’art Ralph Dekoninck (Université Catholique de Louvain) : “L’excès baroque : histoire de la construction d’un discours”
Mercredi 01/04
19h-21h, salle des Actes : Rencontre avec Allan Kaval, correspondant du Monde à Rome : “La politique de Giorgia Meloni est-elle excessive ?”
Jeudi 02/04
20h-22h, salle des Résistants : Conférence du philosophe Romain Descendre (ENS Lyon) : “Critique du surhomme : Gramsci et l’idéologie fasciste”
Vendredi 03/04
18h-20h, salle Dussane : Table ronde : “Vulgarité, transgression, spectacularité : le berlusconisme et ses héritages”, avec Marc Lazar (SciencesPo) et Dork Zabunyan (Paris 8)
22h-1h, K-Fêt : Soirée Italo Disco avec le collectif de DJs Raviolis de Nuit
Mis à jour le 23/3/2026
