« Laisser ouvert le champ des possibilités »

« La volonté de travailler sur les enjeux du développement soutenable et de la justice sociale a guidé tous mes choix de parcours jusqu’à présent ». Un parcours qu’elle laisse le plus ouvert possible, des projets plein la tête et une curiosité développée : Théophane revient sur son expérience à l’ENS.

Théophane Hazoumé, sur le toit de l'ENS-PSL
Théophane Hazoumé, sur le toit de l'ENS-PSL

L'intérêt de Théophane pour la justice sociale remonte à ses années de collège dans un quartier populaire à Paris. Au lycée, elle découvre « Les limites à la croissance » (Jorgen Randers, Donella et Dennis Meadows), un livre qui déclenche son engouement pour les questions de développement soutenable. « Il révèle beaucoup sur les limites de notre modèle de développement et met en lumière l’importance de la dimension sociale de la transition, comme la question de la répartition des coûts et des bénéfices du changement », explique-t-elle.

Se former aux enjeux du vivant

Interpellée par les enjeux du vivant, Théophane se tourne vers une classe préparatoire BCPST à Saint-Louis. Deux années avec un équilibre entre les matières, qui lui donnent des clés pour mieux saisir les enjeux environnementaux auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui.

Depuis 2019, la normalienne étudie au Département de Biologie. « Initialement, l’ENS n’était pas une école dans laquelle je me projetais, elle semblait même en décalage avec mon univers, explique Théophane. Par la suite, je l’ai perçue comme l’école de l’interdisciplinarité, dans laquelle je pouvais suivre les cours de mon choix et me créer le parcours le plus ouvert possible ». Cette année, elle suit le Cycle ingénieur en Environnement, un double cursus avec l’École nationale des Ponts et Chaussées qui lui permet d’aborder l’environnement avec une dimension davantage sociétale et de compléter sa formation par un volet plus concret. Pour valider son diplôme, Théophane réalise un stage de recherche de cinq mois au CIRAD (Centre International de Recherche sur l’Agronomie et le Développement), où elle étudie les transitions des systèmes agricoles conventionnels vers des systèmes agroécologiques : « La transition socio-environnementale est un sujet incontournable, qui doit se penser à toutes les échelles et dans lequel il faut investir des moyens financiers et de l’énergie. Tout le monde n’est pas obligé d’être intéressé, mais tout le monde y sera confronté ». 

« Pour le concours, je pense que la fin ne doit pas compter plus que les moyens. »

Accélérer la transition juste des sociétés

Pourtant animée par ses valeurs sociales et environnementales, Théophane se fige lorsqu’on lui parle de sa future profession. « Je n’ai pas un profil typique à l’ENS, car je ne veux ni faire de la recherche, ni de l’enseignement », avoue-t-elle. En effet, malgré un parcours scolaire solide, Théophane a du mal à se projeter dans un métier : « C’est une question sur laquelle il faut se pencher collectivement au sein des départements », explique-t-elle, car sensible à cette problématique, elle pense ne pas être un cas isolé. L’étudiante précise qu’elle a pu tout de même mesurer le rôle crucial de la recherche grâce à un stage de L3, une spécificité de l’école. Avec ses expériences en dehors de l’ENS, elle pense néanmoins qu’il y a de profondes réflexions à mener pour mieux faire atterrir la recherche dans nos sociétés.

En attendant de trouver sa voie, Théophane a participé à plusieurs projets marquants. Grâce au CERES, elle s’est rendue en novembre à la COP26. Une expérience qu’elle qualifie d’incroyable, propre à l’ENS avec une délégation de sept profils différents issus de chaque département. Théophane, en représentant le département de Biologie, a pu observer les différentes négociations en cours et confronter son regard à ceux des autres étudiants. Au-delà des enseignements, la normalienne en a tiré des leçons à titre personnel : « La COP a été utile pour me rendre compte que je peux me concentrer sur ce qui m’intéresse le plus sans être obligée de cumuler les enseignements. Ce qui est important avant tout, c’est de faire ce qui nous parle le plus. »

L’année dernière, la biologiste a fondé l’association Fastainable (un mix entre « sustainable » et « fashion »), dans le but de promouvoir l’innovation socioenvironnementale dans l'industrie de la mode. Des étudiants passionnés par ces enjeux, leurs problématiques et avec l’envie d’agir à leur échelle, travaillaient avec des acteurs professionnels du secteur. Une association inter-école (Sciences Po, HEC, Dauphine…), avec de nombreuses missions : accompagner des porteurs de projets ou encore centraliser des informations utiles pour catalyser la transition du secteur. « L’association avait presque atteint un statut de start-up, plusieurs projets d’ampleur nous étaient proposés et tout cela prenait une grosse partie de mon agenda », avoue Théophane.

Des projets variés à l’ENS

Cette année, la normalienne a mis en pause le projet pour s’investir dans les « Mardis du Grand Continent » : des tables rondes d’une heure avec des personnalités politiques, culturelles et du monde académique. Des sujets variés, issus de la revue de l’ENS ou de l’actualité, avec une perspective interdisciplinaire. Avec du recul, Théophane conseille à ceux qui voudraient étudier à l’ENS de ne pas hésiter à se confronter aux autres et de ne pas se renfermer sur eux-mêmes. Concernant le concours, « Je pense que la fin ne doit pas compter plus que les moyens. Votre état d’esprit général est important. J’ai toujours essayé d’apprendre en profondeur ce que l’on essayait de me transmettre, j’imagine que c’est pour ça que j’ai ma place à l’ENS. »

En repensant à son expérience et à ses projets, Théophane déclare : « Malgré mes inquiétudes d’avenir, je suis contente d’être passée par l’ENS. C’est une école avec beaucoup de vertus, d’ouverture d’esprit, qui m’a formé à la complexité et a façonné ma capacité à être critique ». « Une des forces de l’ENS : c’est tout de même de laisser ouvert un immense champ des possibles », finit-elle par dire.

Mis à jour le 7/7/2022