[Hors les murs] Emile Hasenohr, à la découverte de Buenos Aires

Rencontre avec Emile Hasenohr, A/L 2023

Créé le
13 février 2026
Collection « L’ENS hors les murs ». Emile Hasenohr est en troisième année au département Littératures et Langages de l’ENS. En septembre 2025, il s’est envolé pour la capitale argentine. Entre cours de littérature et de cinéma à l’Universidad Nacional de San Martín, tango et découverte de la ville, il nous raconte son expérience.
Emile Hasenohr
Emile Hasenohr

Partir « loin »

C’est au détour d’une conversation avec une connaissance l’année dernière qu’Emile Hasenohr a décidé de candidater pour effectuer une année de scolarité à l’étranger. Il y a également vu l’occasion de repousser son éventuel passage de l’agrégation d’un an et d’éprouver sa capacité à s’établir quelques temps à l’étranger : après cinq ans passés sur la montagne Sainte-Geneviève, il craignait de tourner en rond. S’il avait toujours eu « la vague envie, dans un coin de la tête, de faire un Erasmus et de vivre un certain temps dans un pays nouveau », cette idée ne s’était jusque-là jamais concrétisée.

Cette décision prise, est venu le choix de la destination. L’Amérique latine s’est imposée rapidement : pour la langue d’abord, étudiée au collège et au lycée et qu’il affectionne particulièrement, mais aussi pour l’opportunité que représentait ce continent de partir « loin ». Trois options se sont présentées à lui : México, Bogotá ou Buenos Aires. Après quelques hésitations difficiles, c’est finalement vers la capitale argentine qu’il s’est dirigé. Un peu « angoissé » au départ par cette perspective, c’est pour lui, avec le recul, un « très beau choix ».

Étudier à l’Universidad Nacional de San Martín

Le temps d’une année, Emile Hasenohr est donc étudiant à l’UNSAM (Universidad Nacional de San Martín), une « belle université » pro-Perón dont le campus se situe assez loin du centre de la ville. Il y étudie le tango qu’il danse dans des milongas – des salles où l’on suit des règles très spécifiques, mais aussi le cinéma et la littérature. Si les cours sont assez longs – entre trois et quatre heures tard le soir – il tient à souligner que ses professeurs sont pour la plupart « adorables et très compréhensifs ».
À l’UNSAM, le cursus est totalement dispensé en espagnol. Cela ne lui a « pas été aussi difficile qu’à d’autres car [il] avai[t], dès l’arrivée, un niveau de compréhension orale relativement bon ». Pour les futurs étudiants qui liraient ces lignes, Émile se veut rassurant : si certains de ses amis ont eu un peu de mal à l’arrivée, toutes et tous ont désormais « progressé de manière spectaculaire ».

Arriver seul dans un pays étranger peut paraître effrayant. Emile insiste toutefois sur le fait que son université a mis en place tout le nécessaire pour que les étudiants étrangers se sentent rapidement intégrés, notamment par le biais d’événements sociaux comme des soirées cirque, de danses folkloriques ou autochtones mais aussi des soirées hebdomadaires de jeux de société. Il a ainsi très vite rencontré des étudiants « français, allemands, mais aussi mexicains, colombiens, brésiliens et bien entendus argentins ». Cela lui a permis d’approfondir son niveau d’espagnol mais surtout de sociabiliser dans un contexte dynamique car « tous sont enthousiastes d’être là ».
Fréquenter de nouvelles personnes est un moyen d’échanger et de confronter ses références socioculturelles à celles de ses amis : les « Latinoaméricains sont beaucoup plus chaleureux, accueillants, causeurs, et – pour être honnête – globalement plus immédiatement sympathiques que les Français ». Les manières de concevoir les relations amicales et romantiques sont également différentes d’un continent à l’autre, ce qui peut parfois donner lieu « à des confusions rigolotes ».

Vivre à l’argentine le temps d’une année

Émile dépeint une ville très agréable, « extrêmement riche culturellement ». La capitale argentine n’est cependant pas très exotique en tant qu’Européen : on y retrouve la même architecture haussmanienne et de nombreux lieux européanisés. Les événements ayant comme sujet le vieux continent y sont aussi légion. Par ailleurs, malgré un « léger accent mis sur l’Amérique latine, on retrouve dans les médias exactement les mêmes préoccupations internationales qu’en Europe ». Cela l’incite à relativiser sa vision du monde mais « d’une manière particulière : le fait que la vie publique argentine confirme, asseye encore cet européocentrisme laisse parfois un sentiment de malaise ». Et renforce le sentiment de privilège que l’on a à être Européen : Buenos Aires est une ville avec de forts écarts socio-culturels, mais aussi de forts écarts entre Européens et Argentins de milieux sociaux équivalents. « On a fait un pas de côté, on se croirait presque au même endroit ».

Emile se sent à l’aise dans ce « Paris de l’Amérique latine », où « personne ne vous prend de haut, ne vous regarde mal, n’exige rien de vous » en comparaison avec le cinquième arrondissement de la capitale française qui peut être impressionnant et élitiste. Là-bas, il peut « mettre de côté les exigences de ses études à l’ENS pour s’intéresser à d’autres choses ».

En termes de nourriture, Emile a noté quelques faits étonnants : il est impossible de trouver des sushis sans fromage « Philadelphia ». La gastronomie française a, pour sa part, fait des émules en Argentine. Emile s’est rendu en octobre dans une « feria francesa » où il a remarqué des mélanges pour le moins détonants : des sandwichs raclette-bondiola (une viande en sauce argentine) ou des croissants fourrés au dulce de leche (un caramel au lait argentin).

L’année étant loin d’être finie, Émile espère profiter du second semestre en intensifiant ses activités culturelles : le tango, mais aussi en allant plus au théâtre et au cinéma. Il souhaiterait aussi pouvoir mieux découvrir la ville, « immense  ». Pour ce faire, il tentera donc de déménager dans un autre quartier plus proche du centre et plus éloigné de l’université. Il aimerait aussi, s’il en a la possibilité, effectuer un stage à l’ambassade de France.

À la fin de cette expérience, Émile se voit continuer à étudier les littératures étrangères, et qui sait, avec un fort accent latinoaméricain.